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La phrase de la semaine: "Le pessimisme est d'humeur, l'optimisme de
volonté" |
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Deux animations philosophiques autour de Korczak Gaëlle Labrique & Valérie van Eyll Entrevues, 2003 Le Théâtre du Rideau de Bruxelles a rendu, au long du mois de
février, un hommage à Janusz Korczak, en montant parallèlement
deux pièces autour de sa vie et de son œuvre. Korczak était
en Pologne, avant la guerre, la personnalité scientifique la plus respectée
dans le domaine de l’enfance. Ami des enfants, médecin-pédiatre
et écrivain, il est rentré dans l’Histoire le jour de sa
déportation à Treblinka, avec les enfants du Ghetto de Varsovie
qu’il n’avait pas voulu abandonner. Korczak œuvrait à
une refonte complète de l’éducation et du statut de l’enfant,
tout en incarnant une véritable pédagogie du respect dans ses
deux orphelinats modèles, organisés en république d’enfants.
Bien que méconnu aujourd’hui en Europe, il est le précurseur
de la mise en pratique des droits de l’enfant, et s’inscrit dans
la lignée de la « pédagogie active », aux côtés,
entre autres, de Freinet et Decroly. L’originalité de l’initiative du Rideau réside dans
le projet pédagogique qui enrichit et complète les deux spectacles,
conçus à l’intention de deux publics : « Le Roi Mathias
Ier », écrit par Korczak, pour les élèves du cycle
primaire, et « L’exemple du Docteur Korczak » de David Greig,
pour ceux du secondaire. L’expérience culturelle et didactique,
orchestrée en plusieurs volets, permettait aux enfants de visiter l’exposition
« Janusz Korczak, le droit de l’enfant au respect », de participer
à un atelier de créativité et expression autour de marionnettes
et de poupées, de visiter le théâtre et les coulisses avec
un comédien, et, le lendemain, en classe, de participer à un atelier
philosophique sur la pièce. Les collaborateurs de Philomène se sont rendus dans les écoles
primaires et secondaires pour des animations se déroulant sur deux périodes
de cours, les plus proches possibles du spectacle. Voici deux comptes rendus
de ces animations, la première se déroulant dans une classe de
primaire, autour du spectacle « Mathias Ier », qui relate la démarche
mise en œuvre lors d’une animation ; et la seconde en rhéto,
après la pièce « L’Exemple du Docteur Korczak »,
qui se penche plus sur les contenus d’une animation en particulier. Les
animations se passent toujours de la même façon, avec les petits
ou les grands (et même les très grands), la démarche étant
la même quel que soit l’âge du public. Le Roi Mathias Ier « Les enfants pensent qu’ils ne pourront jamais devenir ministre,
voyageur ou écrivain, cela n’est pas vrai. » Ainsi débute
« Le Roi Mathias Ier » qui conte la passionnante histoire de Mathias
devenu roi avant même ses 10 ans. Or si Mathias est roi, il n’en
reste pas moins un enfant. Un enfant souverain dont bien des grandes personnes
ne goûtent guère la naïveté, la sincérité
et l’audace. Et même s’il gagne des guerres et l’amitié
de ses terribles ennemis, son rêve le plus cher est de devenir le roi
de tous les enfants, une tâche qui risque d’être la plus difficile…
L’histoire est racontée aux enfants par un seul comédien
accompagné de marionnettes, sur une période de 50 minutes. Les
enfants sont assis sur la scène, dans le décor où se joue
le soir la pièce « L’Exemple du Docteur Korczak ».
Les voilà le lendemain, avec des émotions, des souvenirs et des
questions plein la tête : le terreau idéal pour entamer une démarche
philosophique ! Voyons ici comment se passe une animation en classe. Je me présente brièvement et récolte en vrac leurs réactions
quant à la journée de la veille. Je leur annonce que nous allons
ensemble discuter plus précisément de la pièce de théâtre.
Je les invite alors à prendre quelques minutes, les yeux fermés
s’ils le désirent, pour ‘rembobiner la cassette’, pour
revisionner dans leur tête le spectacle auquel ils ont assisté…
Il s’agit ici d’un moment clé, celui de l’évocation
(cfr gestion mentale) qui permet à chacun de s’approprier l’histoire,
en dépassant l’extériorité. Ce moment est d’autant
plus important avec un support théâtral. En effet, nous ne pourrons
nous référer qu’à ce que chacun aura retenu, compris,
interprété ; il n’y aura pas de texte de référence
sur lequel se baser, seules les mémoires seront juges ! L’animation philosophique proprement dite peut commencer. Je précise
d’emblée que nous ne procèderons pas comme ils travaillent
d’habitude en classe : ce sont eux qui vont poser les questions et je
n’aurai pas, à moi seule, les réponses à toutes ces
questions, il n’y aura pas de bonnes ou de mauvaises réponses.
Nous allons ensemble construire une réponse qui nous convient, sur laquelle
nous sommes d’accord, chacun apportant sa pierre à l’édifice. Pour la plupart des élèves rencontrés, il s’agit
d’une première expérience philosophique. Je les invite alors
à repenser à ce qui les a étonnés, à ce qui
leur a paru curieux, étrange, bizarre, à ce qu’ils ont trouvé
triste, rigolo, à ce qu’ils n’ont pas compris. Je leur suggère
ensuite de commencer leur phrase par ‘je me demande pourquoi/comment/si
…’. Autant de pistes pour les aider à formuler leurs questions.
Très vite, les doigts se lèvent et j’ai hâte d’écouter
les interventions. Je demande alors si quelqu’un veut bien jouer le rôle de ‘distributeur
de paroles’, à qui je confie la responsabilité de noter
dans l’ordre les prénoms des élèves qui souhaitent
prendre la parole. Cela permet aux enfants d’apprendre à être
autonomes dans la gestion de leur groupe. De plus cela me facilite la tâche,
moi qui connais à peine leur prénom. Déjà les volontaires
se pressent et le choix s’annonce difficile. Le hasard (et les numéros
d’ordre!) m’aide bien souvent à trancher. Respect et écoute
de l’autre sont ici les maîtres mots. Précisons que la priorité
est toujours donnée à ceux qui n’ont pas encore parlé.
Ce rôle est bien souvent pris très au sérieux et respecté
par l’ensemble du groupe. Grâce à cela, je peux me consacrer à
tout ce qui est dit et j’évite de devoir arbitrer quelconque dispute,
d’entrée de jeu les choses sont claires et organisées !
Les premières questions fusent. Celles-ci sont souvent purement factuelles,
fermées comme je les appelle, c’est-à-dire qu’elles
sont d’ordre artistique, technique ou historique, et qu’elles suscitent
une et une seule bonne réponse, réponse qui peut être le
fruit d’une recherche. Par exemple: Comment le comédien a-t-il fait pour apprendre par cœur son texte?
Pourquoi le comédien change-t-il de voix? En quelle année cette pièce a-t-elle été écrite?
Combien de temps la préparation de la pièce a-t-elle duré?
En quoi les marionnettes sont-elles fabriquées? … Je leur renvoie alors la question et leur demande comment ils s’y prendraient
pour trouver la réponse. Au risque d’essuyer quelques frustrations,
puisque parfois ces questions restent sans réponse au moment même,
je leur fais comprendre qu’il y a toujours moyen de leur trouver une réponse.
J’essaie néanmoins de leur fournir quelques éléments,
d’émettre des hypothèses qui peuvent satisfaire leur curiosité. Viennent ensuite les vraies questions philosophiques, la rapidité avec
laquelle ils saisissent la teneur de ce type de question est d’ailleurs
interpellante. La ‘cueillette des questions’ est lancée.
Je prends soin d’aider l’élève à formuler la
question, sans pour autant lui suggérer une formulation, mais en essayant
de voir ce qu’il veut savoir par cette question. Là aussi, les
choses sont claires dans leur esprit, ils savent exactement ce qu’ils
veulent et nuancent leur propos. Leur plus grande difficulté est d’arriver
à se faire comprendre. Notons qu’à aucun moment, je ne porte de jugement de valeur :
jamais je ne m’exclame que c’est une bonne, belle, bête ou
mauvaise question. Toutes les questions sont bonnes par essence et méritent
d’être notées. Je les écoute une à une et les
écris sous la dictée, en les numérotant et en ajoutant
à côté le prénom de l’intervenant. Il est essentiel
de faire cet exercice de manière systématique et rigoureuse, en
interrompant les élèves qui souhaiteraient déjà
répondre à l’une ou l’autre question à ce moment-ci
de l’atelier. Voici quelques questions qui sont revenues à plusieurs reprises lors
de ces ateliers: Pourquoi le comédien demande-t-il l’avis des enfants? Pourquoi faire un tribunal pour et par les enfants? Pourquoi le Ministre rit-il à l’idée de ce tribunal? Les enfants peuvent-ils se battre à la guerre? Pourquoi Mathias pleure-t-il à la lecture de certaines lettres d’enfants? Pourquoi le Ministre est-il vieux? Comment Mathias peut-il être roi alors qu’il ne sait ni lire ni
écrire? Pourquoi certains veulent-ils que le Roi meurt? Comment le Roi est-il mort? Pourquoi Mathias s’est-il enfui à la guerre avec Félix? Pourquoi Félix obéit-il à Mathias? Pourquoi Félix trahit-il Mathias? Pourquoi la fin de l’histoire n’est-elle pas racontée? Cette histoire pourrait-elle se passer à une autre époque? Est-ce une histoire réelle? Pourquoi était-on assis sur la scène? Pourquoi cette histoire est-elle racontée avec des marionnettes? Pourquoi les Allemands veulent-ils épargner le Dr Korczak? Pourquoi les Allemands n’aiment-ils pas les Juifs? Généralement, une fois la machine lancée, il est difficile
de les arrêter: chacun veut poser sa question, avoir son prénom
au tableau. Deux arguments pragmatiques viennent soutenir ma décision
d’arrêter la cueillette des questions. Le premier : le tableau noir
est plein et il est souhaitable que toutes les questions soient visibles par
chacun à tout moment. Le second: l’animation est ici limitée
dans le temps (sachant qu’une bonne heure vient de s’écouler). La partie consistant à problématiser est terminée, le
moment de regrouper les questions peut s’amorcer. La ‘communauté
de recherche’ s’active, le ‘distributeur de paroles’
est toujours d’une aide précieuse. Je leur demande de voir quelles
questions font partie de la même famille, lesquelles traitent du même
sujet. Là aussi, il n’y a pas de ‘bon’ ou ‘mauvais’
groupe, à eux d’expliquer pourquoi ils souhaitent rassembler telle
ou telle question. C’est la justification qui prime et qui convainc ou
non les autres élèves d’accepter ce regroupement. Le vote
peut être un recours. Afin que les groupes soient facilement repérables,
j’entoure le numéro des questions en couleur et souligne, sous
la dictée encore, les mots-clés, le thème de la question.
Il est parfois nécessaire de préciser que chaque question du groupe
est unique et amènera une réponse différente mais qu’il
est plus commode pour y réfléchir de les regrouper. Il est entendu
que plusieurs questions peuvent rester ‘orphelines’, qu’il
ne faut pas à tout prix que chaque question soit dans un groupe. Les
élèves se sont approprié un mécanisme essentiel
: faire des liens. Sans s’en rendre compte, ils viennent de franchir un
premier seuil vers la conceptualisation. Nouvelle phase importante: le vote pour le choix pour la première question
à traiter. C’est purement une étape de travail: il y a beaucoup
de questions au tableau et nous allons décider ensemble par où
commencer. Cette précision peut atténuer les susceptibilités:
chaque question est importante même si ce n’est pas avec celle-là
que nous allons démarrer. Je relis à haute voix chaque groupe
de questions et signale le thème abordé. Je les invite à
les relire silencieusement et à choisir les groupes qui les intéressent
le plus, les questions auxquelles ils aimeraient vraiment avoir une réponse.
J’ajoute que cela ne présuppose pas qu’ils aient un élément
de réponse pour le groupe choisi, car cela n’est pas toujours bien
clair pour eux. Il ne faut pas oublier de voter également pour les questions
orphelines. Les élèves peuvent voter plusieurs fois. Il est surprenant de réaliser que ce ne sont pas toujours les thèmes
pour lesquels les questions sont les plus nombreuses qui remportent le plus
de suffrages. C’est d’ailleurs parfois l’inverse : une question
orpheline peut être élue. Une fois la ou les questions choisies, la discussion en communauté de
recherche peut commencer. A chacun de réfléchir, de participer
en apportant un élément de réponse. Là aussi, il
ne faut en aucun cas porter de jugement de valeur : tout peut être dit,
entendu ; l’essentiel est d’aller plus loin. Je demande à
l’élève pourquoi il tient ces propos, d’où
il est les tient, ce que cela implique, ce que cela présuppose. Nous
sommes dans l’argumentation. Je relance sans cesse le questionnement afin
de ne pas me contenter de simples opinions. Je n’hésite pas à
synthétiser fréquemment ce qui a été dit. J’essaye
d’encourager le raisonnement, la réflexion, la pensée critique
par le biais d’exercices, de mises en situation qui vont jouer le rôle
de “déclencheurs”*. Au fur et à mesure de la discussion,
les pensées s’affinent, les préjugés se déconstruisent.
De même, mon art du questionnement se fait plus efficace, plus subtil.
Le temps file et il est tout doucement l’heure de conclure. Au mieux
trois ou quatre groupes de questions ont pu être abordés. Le débat
a été fructueux, l’attention et l’écoute de
qualité, les méninges stimulées et surtout les yeux ont
pétillé: l’expérience leur a plu. Ils ont découvert
le bonheur de penser par soi-même, ce qui reste l’objectif fondamental
de la philosophie avec les enfants selon M. Lipman. Je termine l’atelier en leur faisant prendre conscience que toutes les
réponses que nous avons trouvées, tout ce que nous avons conceptualisé
en fait, c’est grâce à chaque intervention, à chaque
point de vue. Lors d’un des ateliers, la ‘distributrice de paroles’
se mit à compter dans ses notes le nombre d’interventions: plus
de nonante alors qu’ils étaient une vingtaine d’élèves
en classe. Elle était épatée par la quantité de
réactions! Elle suggère même à son institutrice de
reprendre ce ‘système’ en classe. Un des réflexes essentiels à acquérir pour de telles animations
est bien la non-directivité quant au contenu de la discussion. Comme
le préconise P. Lebuis, “ cette non-directivité a pour objet
de s’assurer que les sujets à l’étude émergent
des élèves et correspondent à leurs intérêts,
autrement dit à ce qui est significatif pour eux et non pour l’animateur.
Elle a pour but de prémunir l’animateur de toute tentation endoctrinante.’’*
Car rappelons-le: “La réflexion philosophique concerne prioritairement
l’émergence d’un questionnement et le dévoilement
d’aspects permettant de mieux comprendre le réel, l’existence,
l’être, le vivre…; elle n’a pas à fournir de
réponses toutes faites ou à affirmer péremptoirement quelque
vérité que ce soit.”* * in Pierre Lebuis, Animer une discussion philosophique en classe, pp20-21-22.
L’exemple du Docteur Korczak Les questions sont différentes selon les groupes d’âge,
elles sont formulées autrement aussi, mais il y a des thèmes qui
reviennent quel que soit l’âge des adolescents. Tous se posent des
questions sur l’indifférence des gens face à la menace nazie,
la signification de certains éléments de la mise en scène,
comme les poupées et la façon dont l’histoire est racontée,
la pédagogie de Korczak, et surtout la réaction de Korczak au
moment d’entrer dans les trains : pourquoi n’a-t-il pas fui ? Ce
qui les choque est l’indifférence du monde, et l’idéalisme
du ‘Vieux Docteur’ qui privilégie l’humanité
sur la révolte. Les plus jeunes ont été interpellés
par l’histoire d’amour entre Adzio et Stéphanie, tandis que
les plus âgés se demandent ce que nous aurions fait en 42, et quelle
est la meilleure réaction à avoir : se révolter, comme
Adzio et Stéphanie, ou agir comme le docteur, et mener les enfants en
manifestation silencieuse vers les trains ? Voici la liste des questions qui furent posées lors de l’animation
que j’ai choisi de vous faire partager. 1. Qu’aurions-nous fait en 1942 ? 2. Pourquoi des poupées ? 3. Pourquoi Korczak a-t-il suivi les enfants ? 4. Pourquoi Korczak serait-il un exemple ? 5. Quelle est la signification des mouches ? 6. Pourquoi Korczak a-t-il menti aux enfants ? 7. Est-ce que Adzio se considérait comme Juif ? 8. Quel était le rôle du chef du ghetto ? 9. Pourquoi un tel manque d’humanité chez le prêtre ? 10. Pourquoi un tel manque d’humanité chez le soldat ? 11. Pourquoi Korczak n’a-t-il pas choisi une autre option que le train
? 12. Que symbolise la relation entre Korczak et le soldat ? Après avoir fait le tour des questions que les élèves
se posent, vient le moment de les regrouper en fonction de thèmes qu’eux-mêmes
choisissent. Le regroupement est valide si l’adolescent qui le propose
justifie et argumente son choix, et si ce choix fait l’objet d’un
consensus. Ici les thèmes choisis furent : a. Symbolisme, signification : questions 2-5-12 b. Vie de Korczak : questions 3-6-11-12 c. Personnages secondaires : questions 8-9-10 d. Influence de la pièce sur nous aujourd’hui : questions 1-4 e. Valeurs juives : question 7 Les questions regroupées, il faut bien choisir un thème parmi
les cinq qui ressortent. Pour cela on pratique le vote. Le thème élu
est celui de l’influence que cette pièce peut avoir sur nous aujourd’hui
(d), thème qui regroupe deux questions très différentes,
la 1 et 4. Il faut donc choisir ici aussi par laquelle commencer. Un élève
suggère de débuter par la question sur ce que nous aurions fait,
nous, en 1942 (1), c’est-à-dire réfléchir à
ce qui aurait été un exemple, avant de pouvoir répondre
pour le Docteur Korczak(4). Cette suggestion est acceptée par tous. Je demande alors à l’élève qui a posé la
question choisie d’introduire le débat, en expliquant l’interrogation
qui sous-tend sa question, et éventuellement en y apportant déjà
un élément de réponse. Il explique alors que pour lui,
tant Korczak que Adzio et Stéphanie sont des exemples, mais opposés
: Korczak est un exemple de pacifisme et d’idéal de justice dans
un monde de brutes, tandis que Adzio est un exemple de révolte contre
les Allemands. Se pose la question de savoir ce qu’il vaudrait mieux faire
dans cette situation : la révolte ou le pacifisme, l’idéalisme
ou le réalisme… La communauté de recherche est lancée, les doigts se lèvent
pour répondre à la question, ou déjà pour réagir
à l’introduction. Les réactions de départ montrent
une révolte face au comportement de Korczak : certains trouvent qu’il
s’est croisé les bras, qu’il s’est laissé mourir,
et avec lui les enfants. D’autres avancent qu’il aurait dû
laisser le choix aux enfants, les prévenir de ce qui allait leur arriver.
Par contre quelques élèves sont d’avis que Korczak a tenté
de protéger les enfants, envers et contre tout. Et qu’il a essayé
de résister à sa façon. « Mais ça n’a
servi à rien, regarde où ça l’a mené ! »
« Ca n’a rien changé » répondent ceux qui pensent
que Korczak n’est pas un exemple. Voici quelques questions qui ont été soulevées lors de
l’animation : Faut-il se battre contre la guerre ? Doit-on préserver
les enfants ? Certains disent que ça n’a rien changé : mais
on en parle aujourd’hui, alors ? Comment se révolter ? Qu’est-ce
que l’humiliation ? Korczak a-t-il été vers une mort digne,
ou sont-ils morts pour rien ? Qu’est-ce qu’une mort digne ? Difficile de retracer les différentes interventions lors d’une
communauté de recherche. Ce qui apparaît lors de cette animation
en particulier, c’est l’évolution des idées du groupe,
partant de « Korczak n’est pas un exemple » pour arriver à
ceci : vers la fin de l’atelier, après une bonne heure de recherche,
un élève demande, suite aux nombreuses interventions, qu’on
fasse le tour du groupe, et que chacun réponde à la seconde question
du thème choisi. Voici ce que ça a donné : Le Docteur Korczak est-il un exemple, et pourquoi ? Ce n’est pas un exemple parce que : 1. Il a emmené les enfants dans la mort : les emmener dans le train,
c’est lâcher prise. 2. Il n’est pas allé jusqu’au bout de ses idées :
il aurait dû dire aux enfants de demander au nazis où ils les emmenaient,
ou il aurait dû tous les empoisonner la nuit précédant le
départ en train. 3. Il aurait dû trouver u moyen de leur éviter toutes ces souffrances.
4. Il n’était pas réaliste, il vivait dans un monde irréel,
il a fait croire aux enfants à une vie meilleure. Plutôt que protéger
les enfants, il vaudrait mieux les préparer au monde réel. C’est un exemple parce que : 1. Il n’a pas laissé faire, il s’est battu jusqu’au
bout. 2. Il a fait ce qui lui semblait être le meilleur à faire. Il
a fait le bien autour de lui. 3. Il est cohérent, par exemple quand il parle au soldat, il est mort
avec les enfants. C’est quelqu’un d’altruiste, qui manifestait
un grand amour pour l’humanité. 4. Il a tenté quelque chose, et ça, respect ! Et il a donné
un foyer aux enfants. 5. Dans des temps difficiles, il a su rester optimiste. 6. Malgré tout ce qu’il a vu, il a encore pu donner de l’amour.
7. Il a su entretenir l’innocence des enfants, leur garder leur enfance.
Il a créé un monde meilleur pour les enfants. 8. Il croyait en ce qu’il faisait, il allait jusqu’au bout. Il
allait chercher à manger pour les enfants dans un contexte de «
chacun pour soi ». 9. Il s’est toujours occupé des enfants (même avant la guerre),
il a agi comme un parent avec eux, il était un modèle paternel.
10. Il a du mérite, il a tenu jusqu’au bout, c’est beau
qu’il ait accompagné les enfants, il ne les a pas abandonnés.
11. Il a donné sa vie pour ses enfants. Il a eu du courage, tout en
étant conscient de ce qui se passait. 12. En temps de guerre, il a recréé un univers sécurisant,
opposé à la guerre, alors qu’il n’était pas
obligé de le faire. 13. Il a réussi à construire u bout de paradis dans un monde
de terreur, dans lequel il a mis en avant les valeurs humaines. 14. Il n’a pas laissé les enfants à eux-mêmes, il
a sauvé des vies, s’est battu contre les nazis avec ses idées,
en les transmettant. 15. Il a cru en ce qu’il faisait. 16. Il a donné sa vie pour ses idées. 17. Il a été un père pour les orphelins : il les a protégés
comme sa propre famille. 18. Il a tenu jusqu’au bout, tout comme le personnage de Roberto Benigni
dans « La Vie est belle ». Il est resté optimiste dans la
nature humaine. |
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